LES FILARIOSES

                                INTRODUCTION

La population infectée est évaluée à environ 400 millions de personnes. Cette forte prévalence est due à la grande variété de moustiques qui peuvent transmettre la maladie. Ce sont des moustiques qui appartiennent à 4 genres : Culex, Aedes, Mansonia, Anophèles, chaque genre comprend de nombreuses espèces.

Certains moustiques sont plus fréquents en zones rurales (Anophèles, Aedes, Mansonia) d’autres en zones urbaines ( Culex).

La répartition de la maladie se fait en foyers discontinus qui correspondent aux zones de densité maximale des moustiques vecteurs.

 

RETENIR

Les filarioses lymphatiques sont fréquentes en zone inter et subtropicale

La transmission s’effectue par les piqûres de plusieurs genres de moustiques

Les vers adultes résident dans le système lymphatique et sont responsables de la symptomatologie

Ponction ou biopsie ganglionnaires sont contre-indiquées en raison du risque de poussée évolutive

La périodicité sanguine le plus souvent nocturne des microfilaires, conditionne le moment du prélèvement au milieu de la nuit

Le traitement est chirurgical en cas de fibrose tissulaire majeure (éléphantiasis) ou d’obstruction lymphatique

On distingue :

-les filarioses lymphatiques, aux conséquences esthétiques et fonctionnelles souvent graves

-les filarioses cutanéo-dermiques

a)-Loa-Loa ou loase, rencontrée uniquement en Afrique Centrale

b)-Onchocercose qui est la deuxième cause mondiale de cécité

c)-Dracunculose, invalidante par ses manifestations inflammatoires et ses complications septiques

 

 

FILARIOSES LYMPHATIQUES

Elles se caractérisent par la présence de filaires adultes dans le système lymphatique. Les femelles pondent des larves appelées microfilaires qui passent dans le sang.

Il y a 2 genres d’agents pathogènes : wuchereria et Brugia. Selon l’espèce et le genre considérés, le moustique vecteur sera différent ainsi que la localisation géographique.

Épidémiologie

Trois filaires lymphatiques se rencontrent chez l’homme :

-la filaire de Bancroft

-la filaire de Malaisie

-la Brugia malayi est exclusivement Asiatique

 

LA CONTAMINATION NECESSITE UNE EXPOSITION PROLONGEE

Le moustique s’infecte en ingérant des microfilaires lors d’un repas sanguin. Ces microfilaires se transforment en larves infestantes sans se multiplier. Des piqûres répétées sont nécessaires pour transmettre la maladie.

On considère qu’il faut effectuer qu’il faut effectuer un séjour de plusieurs mois en zone d’endémie pour que survienne une forme clinique chronique caractéristique qui témoigne de la présence de vers adultes dans l’organisme.

Lorsque les piqûres de moustiques sont peu nombreuses, seule la survenue d’une symptomatologie aiguë, témoignant de la présence de larves infestantes dans l’organisme est possible. Le faible nombre de larves infestantes rend le risque de la transformation de ces larves en adultes peu probable.

 

LA PATHOGENICITE EST DUE AUX VERS ADULTES ET NON AUX MICROFILAIRES

Les larves infestantes inoculées par les moustiques se transforment en vers adultes dans le système lymphatique de l’homme parasité.

La présence des vers adultes est responsable de réactions immunologiques à l’origine des manifestations cliniques qui peuvent se manifester localement ou à distance. Au pire il y a obstruction lymphatique, surtout à l’occasion de la mort des vers adultes, lorsque la libération de matériel antigénique est massive et provoque une réaction inflammatoire intense.

L’éléphantiasis :

C’est une hypertrophie sclérofibreuse du derme et de l’hypoderme qui survient à la suite de crises récurrentes de lymphangites aiguës.

 

LA PRESENCE DES MICROFILAIRES DANS LE SANG PERIPHERIQUE EST PERIODIQUE

Le plus souvent les microfilaires (Bancroft) circulent dans le sang périphérique la nuit. Cette périodicité correspond au maximum d’activité du vecteur. Le prélèvement doit être effectué vers minuit. Dans la journée les microfilaires restent localisées dans les capillaires pulmonaires. Le mécanisme responsable de cette périodicité n’est pas encore élucidé mais on sait qu’il dépend de l’activité du malade puisque cette périodicité est inversée chez les sujets qui ont un rythme nycthéméral inversé (veilleur de nuit) ou les sujets alités.

 

LA PRESENCE DE LA MICROFILAREMIE DEPEND DE LA REPONSE IMMUNOLOGIQUE DU SUJET INFECTE

Plus la symptomatologie est marquée : éléphantiasis, adénite, manifestations pulmonaires…moins la recherche de microfilarémie est positive. Celle-ci est fréquemment positive chez les sujets asymptomatiques.

Biopsier ou ponctionner une adénopathie est contre-indiqué

En effet, cela favorise les poussées inflammatoires, le risque de surinfection et la survenue d’un éléphantiasis.

 

 

DIAGNOSTIQUER

 

1-CHEZ LE MALADE EN ZONE D’ENDEMIE

Le plus souvent, le diagnostic est fortuit.

Le malade est asymptomatique, c’est la découverte d’une hyperéosinophilie qui fait rechercher des microfilaires sanguicoles.

Plus rarement on observe des manifestations cliniques touchant le système lymphatique.

MANIFESTATIONS AIGUES

Elles peuvent survenir moins de 3 mois après le début d’un séjour en zone d’endémie.

Lymphangites superficielles

Elles sont souvent précédées de symptômes généraux avec fièvre élevée.

Comme les lymphangites banales, elles déterminent l’apparition d’un œdème inflammatoire, douloureux, au niveau d’un membre. La peau est chaude et luisante. Il existe une adénite régionale satellite.

Dans les formes typiques, elles s’individualisent par leur progression centrifuge (de la racine vers l’extrémité du membre), à l’opposé des lymphangites bactériennes.

Lymphangites profondes

Comme les lymphatiques périphériques, les troncs profonds peuvent être atteints : le syndrome fièvre-douleur thoracique ou abdominale chez un filarien traduit souvent une lymphangite aiguë profonde.

Adénites aiguës

Elles surviennent isolément ou accompagnent les lymphangites et siègent le plus souvent aux aires inguinales et axillaires.

Les manifestations initiales peuvent être moins typiques et d’apparition plus progressive :

-sensations de tiraillements

-de pesanteurs nocturnes au niveau de la cuisse, du cordon spermatique et du testicule

-œdèmes localisés, fugaces, souvent sensibles et légèrement érythémateux des membres et des organes génitaux masculins.

MANIFESTATIONS CHRONIQUES

L’éléphantiasis

Il est exceptionnel et spectaculaire. Il siège le plus souvent au niveau des membres inférieurs, mais peut survenir dans tous les territoires où se sont succédé des épisodes de lymphangites aiguës. Sa formation est lente, il reste longtemps bien toléré jusqu’à constituer progressivement une infirmité monstrueuse.

Eléphantiasis, homme de 72 ans (Niger 2010)

 

Une chylurie témoigne d’une fistule lympho-urinaire

Elle se manifeste par l’émission d’urines laiteuses ou eau de riz qui ont la particularité de coaguler plus ou moins rapidement à la différence d’une simple lipurie ou d’une pyurie.

L’hydrocèle vaginal est fréquent

Il est le plus souvent constitué d’un liquide citrin que d’un liquide hématique ou chyleux.

 

2-CHEZ UN VOYAGEUR

Le diagnostic ne sera évoqué qu’après un séjour minimal de plusieurs mois nécessaire à l’infestation.

La symptomatologie débute environ 1 an après l’infection (incubation de 5 à 15 mois). Les manifestations aiguës sont plus fréquentes que les formes chroniques qui nécessitent des infestations massives répétées

 

3-ON AFFIRME LE DIAGNOSTIC PAR LA MISE EN EVIDENCE DES MICROFILAIRES

Dans le sang

Le moment du prélèvement varie avec la périodicité des microfilaires de l’espèce considérée. La périodicité s’inverse en cas d’alitement. Si le malade est hospitalisé, un prélèvement à 12 h et à 24 h permet d’éviter cet écueil. Le laboratoire utilise des techniques de concentration pour mettre en évidence des microfilaires.

En cas d’échec, après avoir éliminé la possibilité d’une filariose à Loa loa ou loase, un test de provocation à la Notézine peut être proposé. Après une prise orale de 2 mg/kg, le sang sera prélevé dans les 45 à 60 minutes qui suivent la prise.

Dans les urines

Les microfilaires doivent être recherchées systématiquement en cas de chylurie.

TRAITEMENT

1-Par un microfilaricide

L’efficacité du traitement est bien démontrée en cas de poumon éosinophile.

-Notézine (diéthylcarbamazine), la posologie est progressivement croissante pour atteindre 6 mg/kg pendant 10 jours, plusieurs cures peuvent être nécessaires.

Ce traitement ne doit être prescrit qu’après avoir la possibilité d’une loase associée, qui contre indique le traitement si les microfilaires de Loa loa sont à une concentration supérieure à 50/mm 3

Les réactions allergiques iatrogènes sont fréquentes, aussi l’association à des anti-histaminiques ou des corticoîdes est recommandée.

2-Intervenir chirurgicalement sur les lésions chroniques

Ces lésions sont irréversibles et seule la chirurgie peut soulager le malade quand elles sont handicapantes (éléphantiasis, hydrocèle,varices…)

 

PREVENTION

Il faut lutter contre la filariose

-grâce aux insecticides qui détruisent les moustiques vecteurs

-par le dépistage et le traitement des malades, ce qui diminue le réservoir

-se protéger des piqûres de moustiques (même prévention que pour le paludisme)

 

POUMON EOSINOPHILE TROPICAL

 

Il se manifeste par une bronchite asthmatiforme dont les signes généraux sont modérés.

Il s’accompagne d’une hyperéosinophilie très élevée, toujours supérieure à 5000/mm3.Cette hyperéosinophilie élevée caractérise le poumon éosinophile tropical. Les lésions pulmonaires sont dues à des infiltrats broncho-pneumoniques riches en éosinophiles centrés sur des résidus parasitaires. Les filarioses lymphatiques sont la cause principale du poumon éosinophile tropical. Comme la recherche de microfilaires est en général négative, l’évolution favorable sous Notézine est un bon argument diagnostique.

 

LA FILARIOSE A LOA LOA (OU LOASE)

 

INTRODUCTION

C’est une filariose cutanéo-dermique par la localisation des vers adulte et sanguinole par celle des embryons.

La Loase est strictement Africaine et sa distribution est limitée. Elle ne sévit pratiquement que dans les pays suivants :

-Nigéria

-Cameroun

-République centrafricaine

-Zaîre

-Guinée équatoriale

-Gabon

-Angola

Dans ces pays, les taux d’infestation oscillent entre 3 et 35% de la population.

Quelques cas ont été décrits dans d’autres pays de l’Afrique intertropicale.

 

RETENIR

La microfilarémie est maximale vers midi.

La contamination est secondaire à la piqûre de taons : les chrysops (insectes diurnes)

Une piqûre unique ne permet pas le développement de la maladie.

Les complications de la Loase sont rares et bénignes en dehors de celles induites par le traitement (choc anaphylactique)

 

COMPRENDRE

Les filaires, auxquelles appartient Loa Loa, sont des nématodes (vers ronds) vivipares (descendance sous forme de larve). On appelle filaires les vers adultes, et microfilaires la descendance de celles-ci.

Loa Loa est une filaire dermique par la localisation des vers adultes alors que les microfilaires sont sanguicoles. Le passage des microfilaires dans le sang est maximum aux heures chaudes de la journée, d’où la nécessité de pratiquer un frottis sanguin autour de midi.

La Loase est une pathologie strictement humaine dont la transmission est assurée par la piqûre d’insectes vecteurs : les chrysops qui appartiennent à la famille des taons.

La Loase, comme les autres filarioses, est une maladie d’accumulation qui ne s’exprime cliniquement qu’après plusieurs piqûres infestantes.

 

DIAGNOSTIQUER

Les nombreux cas de " microfilarémie asymptomatique " rencontrés dans cette affection posent les mêmes problèmes immunologiques et épidémiologiques que ceux observés au cours des filarioses lymphatiques.

Néanmoins, après une phase d’incubation, muette, supérieure à 3 mois, 4 symptômes classiques peuvent survenir dans la Loase.

Symptômes classiques

-Le prurit.

Le prurit des bras et du thorax, de la face, des épaules, amène souvent le malade à consulter et reste un élément d’orientation.

-Passage du ver adulte sous la conjonctive.

Il est relativement fréquent avec comme signes : photophobie, injection conjonctivale, larmoiement, sensation de corps étranger et œdème périorbitaire, traduisent la migration sous la conjonctive de la filaire adulte. L’incident est bénin. Le ver peut passer sous la conjonctive palpébrale ou bulbaire ou sous la peau des paupières. Il peut également changer d’œil, en cheminant sous la peau à la racine du nez. La traversée rétroconjonctivale est brève, quelques minutes, rarement davantage. Il est alors facile d’extraire la filaire.

-Reptation du ver adulte sous la peau.

Elle se traduit par un fourmillement désagréable ou un prurit localisé. Le ver apparaît sous forme d’un cordon palpable, mobile, se déplaçant d’un centimètre environ par minute et il peut se calcifier au niveau des parties molles.

Lors du traitement par la Notézine, cet incident est fréquent, les vers adulte remontant à la surface de la peau sous l’effet du médicament.

-Œdème de Calabar.

Sa physiopathologie reste obscur. L’œdème de Calabar (localité du Nigéria en zone biafraise) est fugace et migrateur. Il dure quelques heures à quelques jours et s’accompagne d’une sensation de tension et siège aux membres supérieurs, à la face ou au thorax.

 

BIOLOGIE

Mise en évidence de la filaire adulte

Elle est repérée lors de son passage sous les téguments ou lors de son cheminement sous-conjonctival. Il est possible de l’extraire à l’aide d’une pince fine.

Bilan sanguin

-Le frottis sanguin doit être réalisé entre 12 et 14 heures et mettra en évidence les caractères morphologiques des microfilaires.

-NFS où l’éosinophilie est fréquente, parfois révélatrice, mais non spécifique.

 

TRAITEMENT

Il faut adapter le traitement après chiffrage de la microfilarémie

Si la microfilarémie est > 50 000/ml, il est recommandé de faire pratiquer une épuration sanguine extracorporelle réduisant ainsi la filarémie avant de débuter le traitement médicamenteux.

Si la microfilarémie est < 50 000/ml, le traitement peut être démarré d’emblée.

Le traitement :

-Notézine 1/16 à 1/8 de comprimé selon l’importance de la microfilarémie

-doubler la posologie 1 fois tous les 2 jours jusqu’à 4 comprimés par jour. Poursuuivre cette posologie pendant 21 jours.

Les effets secondaires du traitement :

-Le traitement est administré uniquement en milieu hospitalier sous surveillance stricte permettant le traitement rapide d’un éventuel choc anaphylactique

-La posologie est adaptée à la microfilarémie de départ et les doses augmentées très progressivement

-un antihistaminique est administré systématiquement en début de traitement.

 

ONCHOCERCOSE

 

INTRODUCTION

-L’onchocercose est une cause majeure de cécité en pays tropical

-Nématodose spécifiquement humaine transmise par piqûre de moucheron (simulie)

-Les microfilaires sont responsables se prurit cutané et de lésions oculaires

Les vers adulte vivent dans le tissu sous cutané à l’état libre et en amas dans des nodules Ces derniers bien tolérés ne sont pas à l’origine de complications.

-Le diagnostic par Biopsie Cutanée Exangue met en évidence les microfilaires dans le derme.

Le mectizan (Ivermectine), microfilaricide, bien toléré et d’action prolongée, est aussi bien utilisé pour le traitement que pour la prévention.

 

COMPRENDRE

1-Qu’est-ce-que l’onchocercose ?

C’est une filariose due à Onchocerca volvulus. Elle est transmise par un diptère hématophage : la simulie. C’est une parasitose spécifiquement humaine.

2-Symptomatologie

La symptomatologie et les complications sont dues aux microfilaires et non aux vers adultes.

Les vers adultes vivent dans des nodules fibreux sous-cutanés, ce sont des nématodes blanchâtres qui mesurent de quelques centimètres à plusieurs dizaines de centimètres. Ils vivent de 10 à 15 ans. Les femelles expulsent les microfilaires dans le derme.

Les microfilaires mesurent de 150 à 360 microns, elles vivent de 1 à 3 ans, circulent dans le derme et non dans le sang . La pathogénécité est due à la mort et à la lyse des microfilaires dans le derme ou dans l’œil.

L’onchocercose s’exprime surtout par 3 syndromes liés à l’accumulation des lésions lors des réinfestations successives :

-le syndrome cutané (les onchodermites)

-le syndrome kystique (onchocercomes)

-le syndrome oculaire (kératites, iridocyclites, et les atteintes du nerf optique)

LE SYNDROME CUTANE

Le prurit peut être isolé, provoquer d’intenses lésions de grattage, s’associer à d’autres lésions cutanées. Il est précoce, quasi constant et évolue souvent par poussées.

En Afrique, les lésions cutanées prédominent au niveau de la partie basse du tronc, des fesses, des cuisses, des régions prétibiales. Au début, ce sont des zones hyperpigmentées difficiles à voir sur une peau noire.

La gale filarienne ou " craw-craw ", très prurigineuse se caractérise par des papules, variables en taille comme en nombre, parfois surmontées d’une vésicule ou d’une pustule.Un lymphoedème localisé ou non, en " peau d’orange " peut s’y associer Certains patients présentent des zones cutanées épaissies, sèches, squameuses, lichénifiées évoquant une " peau de lézard ".

SYNDROME KYSTIQUE

Les onchocercomes (synonyme : nodules) traduisent l’enkystement de certaines filaires adultes. Ils sont en nombre variable, de 1 à 1000, en moyenne 1 à 10 par malade. Ils sont de la taille d’un pois à celle d’une mandarine. Ils sont indolores, durs, fibreux rolant sous le doigt. Plusieurs nodules peuvent s’accoler en une masse polylobée volumineuse. Ils peuvent occasionnellement adhérer à la peau et aux plans profonds. On les palpe aisément là où les plans osseux sont superficiels, surtout en regard des trochanters, du coccyx, de la crête iliaque et du gril costal.

Ils ne suppurent jamais et sont faciles à extraire.

SYNDROME OCULAIRE

Les premiers signes sont un diminution de la vision nocturne (héméalopie). L’interrogatoire peut retrouver également une irritation locale qui se manifeste par un larmoiement, une photophobie, ainsi qu’une baisse de l’acuité visuelle, ou une diminution du champ visuel.

-kératites

-iridocyclites

-choriorétinites

-atropie optique post-névritique

 

LE DIAGNOSTIC BIOLOGIQUE

La biopsie cutanée exangue (BCE)

Elle met en évidence des microfilaires dans le derme.

Cette technique consiste à prélever des petits morceaux de derme à l’aide de ciseaux ou d’une pince calibrée. On prélève superficiellement sans faire saigner, plusieurs sites : en regard des omoplates, des crêtes iliaques. Les prélèvements sont déposés dans du sérum physiologique et régulièrement observés au microscope. En cas de positivité, les microfilaires sortent du derme et nagent dans le liquide physiologique.

Un bilan ophtalmique complet

Tous les segments de l’œil peuvent être atteints. L’examen à la lampe à fente peut même parfois retrouver des microfilaires dans l’humeur aqueuse, l’humeur vitrée.

 

TRAITEMENT

1-Par IVERMECTINE (MECTIZAN)

La posologie est de 50 à 200 microgrammes/kg en une prise unique per os.

L’action microfilaricide du Mectizan débute 7 jours après la prise (90% de diminution du taux de microfilaires dermiques). Son action persiste de 6 mois à 1 an. Ce traitement est utilisé en traitement de masse. Il est délivré gratuitement par le laboratoire producteur (Merrck Sharp Dohme-Chibret) à tout médecin ou institution qui en fait la demande.

Contre-indication :

-la femme enceinte

2-Une modulectomie peut être proposée

Mais elle n’est jamais suffisante seule car des vers adultes circulent librement dans le derme, ce n’est qu’une thérapeutique d’appoint. Pratiquée sur le terrain elle a l’avantage de diminuer la charge parasitaire en femelles.

 

PROPHYLAXIE

Individuelle

Inexistante

Collective

Deux axes

-La lutte contre les stimulies pratiquée à grande échelle :

Elle est difficile car les zones de reproduction des simulies sont peu accessibles à l’épandage des insecticides ; avec le temps les larves acquièrent des résistances aux insecticides. La lutte biologique par l’utilisation de bactéries semble une alternative prometteuse.

– Le traitement de masse par Ivermectine

Il doit être obligatoirement associé à la lutte contre le vecteur.

 

DRACUNCULOSE (Filariose de Médine ou ver de Guinée)

 

INTRODUCTION

La dracunculose est fréquente en Afrique, en voie d’éradication en Asie.

L’homme se contamine par ingestion d’eau de boisson souillée.

L’incubation est silencieuse, elle dure environ une année.

La localisation la plus fréquente des vers est le tissu sous-cutané des membres inférieurs.

Les surinfections sont fréquentes, le risque de tétanos est majeur.

Le traitement consiste à extraire manuellement le ver.

 

COMPRENDRE

1-L’importance de l’eau indispensable au cycle et à la contamination

L’homme se contamine en ingérant avec de l’eau de boisson des larves infestantes hébergées dans un petit crustacé : le cyclops

Après maturation des larves infestantes, les adultes se localisent dans le tissu sous-cutané, préférentiellement dans les parties déclives du corps (pieds, chevilles).

Les femelles gravides sécrètent localement des toxines responsables d’une inflammation locale qui apparaît sous forme d’une phylctène. Après quelques jours celle-ci se rompt laissant apparaître une ulcération au niveau de laquelle se manifeste une ulcération au niveau de laquelle se manifeste une sensation de brûlure. Au contact de l’eau, la femelle expulse par l’ulcération des milliers de larves infestantes. L’homme dissémine la parasitose en pataugeant dans l'eau des puits sans margelle.

2-La banalité de l’affection

Elle s’explique par :

-l’absence d’immunité acquise qui explique la grande fréquence des réinfestations

-l’absence habituelle de symptomatologie de la phase d’incubation qui dure une année et ne permet pas d’alerter la population du risque de communication autour d’un point d’eau infesté.

3-La gravité des surinfections

Une ulcération est une porte d’entrée pour une surinfection bactérienne, d’autant plus que la lésion siège aux membres inférieurs, facilement souillés par des germes telluriques.

Les médications locales à base d’emplâtres et de brûlures sont d’autant de risques de surinfections iatrogènes. La survenue de phlegmon, de gangrène et surtout de tétanos est fréquente (au moins 50% des cas).

4-La gravité des localisations anormales

Surtout articulaire avec le risque d’arthrite septique si le ver pénètre l’articulation, ou d’arthrite aseptique réactionnelle au voisinage du ver. Mais, en fait, les localisations anormales peuvent intéresser n’importe quel point de l’organisme (sein, main, péritoine…).

 

DIAGNOSTIQUER

1-C’est une ulcération cutanée

-le diagnostic est évident car la lésion est caractéristique

Elle siège au membre inférieur, elle est unique ou multiple. Au fond de l’ulcération on distingue un petit point blanc d’un diamètre de 1,5 mm qui correspond à la région génitale de la femelle gravide.

-la lésion est peu caractéristique mais :

si l’on refroidit le pourtour de l’ulcération avec de l’éther apparaît une " purée blanchâtre ". Ce liquide émis contient des milliers de microfilaires mobiles facilement observables au microscope.

2-C’est une arthrite : le diagnostic est plus difficile

-Le ver est présent dans l’articulation

La ponction articulaire ramène un liquide riche en microfilaires

-Le ver est au voisinage de l’articulation

La ponction ramène un liquide clair dépourvu de microfilaires.

Seule la sérologie peut indirectement conforter la suspicion diagnostique.

3-C’est la découverte d’une calcification radiologique

Elle permet un diagnostic rétrospectif. Les vers calcifiés sont mis en évidence lors de la radiographie des parties molles. Ils apparaissent sous forme de longs filaments, plus rarement sous forme de pelotes.

 

TRAITEMENT

1-C’est d’abord lutter contre la surinfection

La prophylaxie antitétanique doit être envisagée en priorité par injection intramusculaire de gammaglobulines antitétaniques, rappel de vaccination selon le statut immunitaire du malade.

Des compresses imbibées d’antiseptiques sont à appliquer au contact de la lésion.

2-C’est extirper le ver

Il faut enrouler le ver autour d’un bâtonnet stérile. Le ver est fragile, la traction doit être douce et modérée (pas plus d’1 à 2 tours par jour). Casser le ver expose au risque de surinfection et d’anaphylaxie. Entre les deux phases d’enroulement du ver, l’ulcération est recouverte d’un pansement imbibé d’antiseptique.

 

PREVENTION

1-Désinfection de l’eau

a)-Au point d’eau

Par utilisation de molluscicides (ex : Abate) pour éradiquer les cyclops.

b) –Avant consommation

-Par l’utilisation de filtres :

le cyclops a une taille de quelques millimètres, des filtres grossiers suffisent pour décontaminer l’eau.

-en faisant bouillir l’eau :

ce qui suffit pour détruire les larves infestantes.

2-Lutte contre la contamination de l’eau

-éducation sanitaire

Il faut faire comprendre à la population le danger de marcher ou de se baigner dans les points d’eau destinés à l’alimentation.

-construction sanitaire

La construction de margelles autour des puits évite la contamination lors des ravitaillements en eau.

3-Diagnostiquer et traiter tous les cas d’un village

Doit accompagner les campagnes de désinfection de l’eau de boisson pour garantir l’efficacité de l’ensemble des mesures instituées.