LE TRACHOME

 

 

 

 

Le trachome est l’une des maladies les plus anciennement connues dans l’histoire de l’humanité (3000 avant JC).

Elle est reste un problème de santé publique dans les pays les plus défavorisés. Ainsi, selon l’OMS, le trachome toucherait quelque 150 millions de personnes dont la majorité vit dans des pays en voie de développement. Environ 5,5 millions de trachomateux sont devenus aveugles.

Le trachome reste encore la principale cause de cécité évitable dans le monde.

Au Sénégal, la prévalence chez les enfants de 0 à 10 ans serait :

-10,8 % pour l’ensemble du pays

-3,3 % à Dakar

-14,2 % à Thiès-Djourbel

 

EPIDEMIOLOGIE

Le trachome est une kérato-conjonctivite chronique, transmissible, due à un agent bactérien intracellulaire, Clamydia trachomatis, qui parasite les cellules épithéliales de la conjonctive.

L’homme est le seul réservoir de germes et la transmission se fait à partir du réservoir familial par les mains sales, les poussières véhiculées par le vent et les mouches.

 

GENERALITES

Le trachome commence dans l’enfance. Il est alors caractérisé par une inflammation chronique de la conjonctivite tarsale supérieure avec envahissement de la cornée par un voile vasculaire (pannus). Ce stade inflammatoire représente la phase active et contagieuse de la maladie.

L’inflammation trachomateuse, en milieu endémique, persistera quelques années avant d’évoluer vers la cicatrisation qui pourra se faire selon 2 modalités :

1-soit l’inflammation est restée modérée et l’évolution se fera vers la guérison spontanée au prix de quelques cicatrices conjonctivales minimes, sans conséquences fonctionnelles : c’est le trachome cicatriciel bénin.

2-soit l’inflammation conjonctivale a été intense et prolongée : la cicatrisation pourra alors dépasser son but et entraîner une fibrose rétractile de la paupière supérieure. (c’est la rétraction cicatricielle interne de la paupière qui a pour effet de retourner vers l’œil les cils devenus rigides). Il s’agit alors d’un trachome cicatriciel grave susceptible d’aboutir à une déformation du tarse avec déviation des cils vers la cornée réalisant un trichiasis. Le frottement des cils à chaque clignement entretient une érosion cornéenne particulièrement douloureuse, souvent surinfectée, qui évoluera vers une cécité complète et irréversible par opacification de la cornée.

Le trachome est donc une maladie qui évolue qui évolue pendant de nombreuses années. Par exemple, dans le Sahel, la phase inflammatoire active débute vers l’âge d’1 ou 2 ans.

La cicatrisation, qui vient progressivement se substituer à l’inflammation, ne commence à apparaître que vers l’âge de 6-7ans. Chez les adultes, il ne restera donc pratiquement plus que des formes cicatricielles, dont certaines évolueront vers les complications. Avant 30 ans, les trichiasis sont rares et ce n’est que vers 40 ans que les cécités deviennent fréquentes.

C’est la durée, et surtout l’intensité de l’inflammation trachomateuse, qui déterminent le risque d’évolution vers la cécité. Cette intensité est conditionnée par 2 facteurs : les surinfections et les réinfections.

Les surinfections sont dues à des épidémies de conjonctivites bactériennes. Ces conjonctivites épidémiques évoluent généralement sur le mode saisonnier, parallèlement à la pullulation des mouches. Non seulement, elles majorent l’intensité de la maladie trachomateuse, mais elles peuvent aussi entraîner des cécités aiguës par surinfection des érosions cornéennes chez les patients porteurs de trichiasis.

 

SYMPTOMATOLOGIE

Au cours de la phase inflammatoire, les signes fonctionnels sont discrets :

-gêne oculaire

-picotements

-sensation de sable dans les yeux

Dans les cas sévères, et notamment lorsqu’il existe un trichiasis, on note un larmoiement et une photophobie. La baisse d’acuité visuelle est tardive, contemporaine de l’opacification du centre de la cornée.

L’examen clinique se fait après retournement de la paupière supérieure. A l’état normal, la conjonctive tarsale est parcourue par un réseau vasculaire vertical, parfaitement visible à travers une muqueuse mince et lisse.

 

Le trachome inflammatoire :

Il est caractérisé par la présence de 3 signes très évocateurs

-l’hyperplasie papillaire se présente comme un semis de points rouges microscopiques. La conjonctive est œdémateuse et cet épaississement estompe plus ou moins le réseau vasculaire.

-les follicules sont des granulations saillantes, translucides, jaunâtres, de la tête d’une épingle.

-le pannus cornéen est constitué d’un voile opalescent et vascularisé qui descend du limbe supérieur vers le centre de la cornée. Il est généralement difficile à voir à l’œil nu.

 

Dans le trachome cicatriciel :

Il n’y a plus ni follicules, ni papilles. Par contre, la conjonctive tarsale est parcourue de cicatrices linéaires plus ou moins ramifiées qui convergent vers le bord libre de la paupière en déterminant un sillon. Le tarse est déformé, bosselé, parfois recouvert de concrétions jaunâtres.

Lorsque la rétraction cicatricielle est intense, il se formera un trichiasis avec déformation de la paupière supérieure « en accent circonflexe ». et déviation des cils vers le globe oculaire. Au niveau de la cornée, la cicatrisation du pannus laisse une opacité en croissant de lune ou des opacités brunes, rondes, en pointillé au niveau du limbe.

 

Source : Médecine Tropicale de Marc Gentilini

 

La classification détaillée de l’OMS, utilise des lettres correspondant aux différents symptômes observables au cours du trachome.

TF- Trachome inflammatoire folliculaire (présence d’au moins 5 follicules au niveau de la conjonctive tarsale supérieure)

TI- Trachome inflammatoire intense (le réseau vasculaire anormal est masqué sur plus de la moitié de la surface tarsienne par l’épaississement inflammatoire de la conjonctive)

TT- Trichiasis trachomateux (présence d’au moins un cil qui frotte sur le globe oculaire)

CO- Opacité cornéenne (présence d’une opacité cornéenne affectant l’axe visuel. La pupille est difficile ou impossible à voir à travers l’opacité)

 

TRAITEMENT

1-Le trachome inflammatoire :

-antibiothérapie par voie orale dont la référence est l’Azithromycine (Zithromax) à raison de 20 mg/kg en prise unique. En l’absence, la seule alternative est la pommade à la Tétracycline 1 % en application locale, 1 fois/jour pendant 6 semaines.

2-Le trichiasis :

Le traitement est essentiellement chirurgical.

La technique chirurgicale est simple et consiste à éviter le retournement des cils. Elle consiste à découper un « quartier d’orange » sur la paupière cicatricielle. On la redresse et on évite le balayage de la cornée par les cils.

 

HYGIENE

ll faut donc éduquer les populations au lavage des mains et au lavage du visage.