CONDUITE A TENIR DEVANT UN OEIL NON TRAUMATIQUE

 

 

 

 

GENERALITES

 

-un oeil rouge est un oeil qui " souffre "

-c'est toujours une urgence.

-un examen soigneux permet de garder le malade et de le traiter sur place, ou de le référer au spécialiste.

-un traitement bien conduit et une surveillance régulière permettront au malade de guérir, ou d'être référé dans de bonnes conditions donc de guérir avec des séquelles amoindries.

 

 

L’INTERROGATOIRE

1-Existe-t-il des douleurs ?

-une gêne, une impression de grains de sable orientent vers la conjonctive

-des douleurs majorées par le clignement et/ou la lumière (photophobie) orientent vers la cornée,

-des douleurs périorbitaires et/ou des céphalées orientent vers des lésions plus profondes (uvéite, hypertonie).

2-Existe-t-il une baisse d'acuité visuelle de loin ?

-une diminution de l'acuité visuelle,

-une vision anormale (halos colorés) sont des signes de gravité.

3-Existe-t-il des sécrétions et depuis quand ?

-Les sécrétions signent une surinfection.

-attention ; une surinfection peut compliquer une lésion profonde

 

L’EXAMEN

 

-La mesure de l'acuité visuelle. Si possible toujours comparer avec l'oeil sain.

-L'examen sera méthodique et soigneux, après nettoyage des sécrétions, si besoin.

 

Ces règles vous permettront de reconnaître les critères de gravité :

Les paupières ne se ferment pas totalement (lagophtalmie).

Les cils frottent sur la cornée (trichiasis).

La rougeur est limbique (cercle périkératique).

La cornée est blanche.

La pupille est blanche,

-et/ou irrégulière
-et/ou petite (myosis)

-et/ou élargie (mydriase)

 

LES 5 REGLES DE L’EXAMEN NORMAL

-les paupières s’ouvrent et se ferment normalement

-les cils sont tournés vers l’extérieur

-le blanc de l’oeil (conjonctive) est blanc

-la cornée est transparente

-la pupille est ronde et noire

 

Chez le petit enfant dont les paupières ne s'ouvrent pas spontanément, l'oeil est en danger

Au terme de votre examen vous pourrez :

Faire le diagnostic du siège de la lésion.

Traiter sur place

-les atteintes de la conjonctive,
-les atteintes superficielles de la cornée.

Mettre en route un traitement sur place

-en assurer la surveillance régulière,
-référer en l'absence d'amélioration.

Référer les autres cas en précisant les critères de gravité.

 

L’OEIL ROUGE NON DOULOUREUX

1-L'hémorragie sous-conjonctivale :

C'est une tache de sang survenue spontanément, souvent remarquée par l'entourage car indolore :

-elle n'a aucun critère de gravité

-elle disparaîtra en huit à quinze jours

-elle ne nécessite aucun traitement

-elle doit faire rechercher une cause générale hypertension artérielle, troubles de la coagulation, prise d'aspirine, effort de toux, accouchement…

2-Les conjonctivites :

Elles réalisent le tableau de l'oeil qui " coule ". La gêne est induite par le larmoiement et/ou les sécrétions, l'atteinte est souvent bilatérale.

Les conjonctivites purulentes

Ce sont des conjonctivites bactériennes ou virales qui se surinfectent très souvent.

L'examen peut être rendu difficile par l'oedème palpébral :

-commencer par nettoyer l'oeil en décollant les cils,

-il est impératif de voir la cornée et la pupille : utiliser au besoin des écarteurs à paupières,

-regarder les cils,

-retourner la paupière supérieure à la recherche d'un corps étranger passé inaperçu, de follicules trachomateux.

3-Conduite à tenir :

Il s'agit d'une conjonctivite purulente non compliquée quel que soit l'âge du malade

Expliquer et montrer comment nettoyer l'oeil avant chaque traitement :

-avec une eau propre, sans savon,

-avec la main propre de préférence sans instrument car la main pourra être relavée.

Traiter avec un collyre ou une pommade antibiotique quatre fois par jour pendant huit jours.

4-Les mesures préventives :

-se laver les mains après chaque traitement,

-utiliser des linges de toilette individuels.

5-Il existe des signes de trachome :

Expliquer au malade ou à l'accompagnant que :

-la maladie se cache sous la paupière

-elle est très contagieuse,

-le traitement est long

-les rechutes sont fréquentes.

-antibiothérapie par voie orale dont la référence est l’Azithromycine (Zithromax) à raison de 20 mg/kg en prise unique. En l’absence, la seule alternative est la pommade à la Tétracycline 1 % en application locale, 1 fois/jour pendant 6 semaines.

-convoquer et examiner toute la famille qui vit avec le malade et traiter si besoin tous les malades de la même façon.

-donner les conseils d'hygiène :

a- du corps : lavage du visage et des mains

b- de l'environnement: mesures antimouches (ramasser les ordures, les brûler ou les enfouir, latrines fermées, animaux à distance).

6-Cas particulier du nouveau-né (premier mois de la vie) :

La conjonctivite gonococcique survient dans les 48 heures qui suivent l'accouchement.

Elle est redoutable car elle peut entraîner la perte des deux yeux en 24 heures, elle est très contagieuse. Les sécrétions sont très abondantes et l'oedème palpébral souvent majeur (faire un examen bactériologique).

Après un nettoyage soigneux par pommade à base de tétracycline 1 %, traiter toutes les heures pendant 24 heures Puis toutes les 2 heures jusqu'à diminution des sécrétions. Traiter alors quatre fois par jour pendant dix jours.

La prévention réside en l’application systématique dans chaque oeil de l’enfant dès la naissance de collyre de nitrate d’argent à 1 % (Argyrol) ou de Rifamycine

 

L’OEIL ROUGE DOULOUREUX

 

1-L'atteinte superficielle de la cornée (kératite superficielle ou ulcération) :

La douleur est majorée par la lumière et/ou le clignement des paupières (le malade se présente souvent avec l'oeil fermé).

Il faut examiner soigneusement l'oeil avec une lumière douce et latérale, en procédant avec douceur.

Vous voyez un cercle périkératique complet ou localisé :

-la cornée a perdu sa transparence

-la pupille est noire et ronde

Regarder les paupières : elles s'ouvrent et se ferment totalement.

Retourner la paupière supérieure à la recherche :

-d'un corps étranger sous palpébral, l'enlever doucement avec le doigt en le faisant glisser vers la marge ciliaire

-de signes de trachome.

a- Conduite à tenir :

Prescrire un antibiotique local (collyre ou pommade) quatre fois par jour.

Mettre un pansement oculaire dont le but est de maintenir les paupières fermées

 

-Jamais de corticoïdes qui empêchent la cicatrisation de la cornée, favorisent la surinfection bactérienne ou virale (herpès)

-Toujours vérifier la composition du collyre ou de la pommade que vous prescrivez : attention aux associations trompeuses

 

 2-Autres cas :

-Le cercle périkératique, souvent brunâtre, s'accompagne de petites taches blanches Iambiques : ce sont les grains de Trantas de la Limbo Conjonctivite Endémique Tropicale (LCET)

 -Le ptérygion inflammatoire : c'est une prolifération conjonctivale qui, de l'angle interne de l'oeil, se dirige vers le limbe

 

-des cils frottent sur la cornée : il s'agit d'un trachome (trichiasis)

-la paupière ne se ferme pas totalement, on parle de Iagophtalmie soit par paralysie faciale, soit par ectropion post-traumatique :

 

PATHOLOGIES A ADRESSER AU SPECIALISTE ET RAPIDEMENT

 

1-La pupille n'est pas visible, l'atteinte cornéenne est profonde, pansement oculaire, référer au spécialiste.

2-La pupille est en myosis ou irrégulière

-le malade se plaint parfois de douleurs péri-orbitaires ou de céphalées,

-le cercle périkératique est très prononce,

-la cornée peut être normale,

-l'iris peut être masqué par un " niveau " blanc : c'est un hypopion (pus),

-il s'agit d'une uvéite,   référer au spécialiste.

 

2-La pupille est en mydriase

-la douleur est très intense et s'accompagne parfois de vomissements

-la vision est abaissée

-le cercle périkératique est violacé

-la cornée est trouble, la pupille peut être blanche

Il s'agit d'une hypertonie (glaucome aigu). Mettre sous Diamox a raison d’1 comprimé 3 fois/jour et adresser le plus vite possible au spécialiste.

 

 

 

 CONCLUSION

 Devant tout oeil rouge :

1-Il faut toujours rechercher les critères de gravité

2- On peut traiter les atteintes superficielles de la cornée

Mais se rappeler:

 -une atteinte de la cornée met en jeu le pronostic visuel

-une atteinte cornéenne qui ne guérit pas après 48 heures de traitement correct doit être dirigée

-les sécrétions sont le signe d'une infection, elles sont très contagieuses ;

-une conjonctivite peut compliquer une atteinte plus profonde

-en pays d'endémie trachomateuse, le trachome doit être recherché devant toute conjonctivite purulente chez le malade et sa famille

-en pays sahélien, l'avitaminose A doit être suspectée chez tous les enfants de 0 à 6 ans. La rougeole et la malnutrition augmentent le risque d'atteinte cornéenne  

-n’utiliser que des collyres ou des pommades antibiotiques.

-vérifier toujours la composition des produits que vous prescrivez.

 

SIGNES D’EXAMEN

ATTEINTE DE LA CORNEE

ATTEINTE DE l’IRIS

HYPERTONIE

Douleur au clignement et à la lumière

Oui

 

 

Céphalées

Oui

Oui

Oui

Baisse de la vision

Oui

Oui

Oui

Cercle périkératique

Oui

Oui

Oui

Diminution de la transparence de la cornée

Oui

Non

Oui

Myosis

Non

Oui

Non

Pupille irrégulière

Non

Oui

Non

Mydriase

Non

Non

Oui

Pupille invisible

Oui

Non

Non