ANGUILLULOSE

 

                                             RETENIR

-Cette parasitose est largement répandue en pays tropical humide

-C’est une nématodose strictement humaine.

-La contamination s’effectue par voie trans-cutanée

-L’anguillulose persiste dans l’organisme en raison de son cycle interne

-En cas d’immunodépression, il y a un risque d’anguillulose maligne qui conduit au décès.

-Le diagnostic se fait par l’examen des selles selon la technique de Baerman

-Le traitement spécifique est la prescription de Tiabendazole (Mintézol), d’Albendazole (Zentel) ou d’Ivermectine (Mectizan, Stromectol)

 

EPIDEMIOLOGIE

L’homme s’infecte par voie cutanée au contact d’un sol souillé de déjections animales. Cela explique la fréquence de cette maladie chez les enfants jouant volontiers dans la boue ou le sable humide et de certaines professions (agriculteurs, riziculteurs)

 

COMPRENDRE

Le cycle interne explique :

-la persistance de la parasitologie

-la gravité en cas d’immunodépression

-le larva currens

Les adultes mesurent quelques millimètres et vivent au sein de la muqueuse duodénale. Les femelles parthénogénétiques pondent des œufs qui éclosent dans l’intestin. Les larves non infectantes (rhabditoïdes) évoluent en larves infectantes (strongyloïdes) de 2 façons :

-Soit, elles sont évacuées dans les selles et contaminent le milieu extérieur où elles se multiplient et deviennent infectantes

-Soit, elles entament un nouveau cycle interne. Elles traversent alors la paroi intestinale où, après avoir quitté le tube digestif au niveau de l’anus, elles traversent la peau de la région péri anale. Le passage sous-cutané des larves d’anguillulose forme un sillon érythémateux prurigineux qui progresse de quelques centimètres/heure : le larva currens.

 

Le cycle endogène explique que, malgré la durée de vie limitée des adultes (quelques mois), cette parasitose puisse persister des années après l’infestation initiale.

En cas de dépression immunitaire cellulaire, ces cycles d’auto-infestation se multiplient et aboutissent à une dissémination de l’anguillulose à tout l’organisme. C’est l’anguillulose dite maligne qui conduit au décès.

A chaque réinfestation l’hyperéosinophilie augmente, ce qui entraîne une cinétique fluctuante et l’hyperéosinophilie en fonction du temps.

 

SELON LES PHASES DU CYCLE, LA SYMPTOMATOLOGIE VARIE

 

1-phase d’invasion trans-cutanée :

La pénétration trans-cutanée des larves infestantes se manifeste par une inflammation locale responsable d’éruption urticarienne.

Elle se développe le plus souvent au niveau des mains, des avant-bras, des pieds. En tous cas, au niveau d’une zone découverte ayant été en contact avec un sol contaminé.

Aux points de pénétration des larves apparaissent rapidement des papules prurigineuses. Quelques jours à quelques semaines plus tard, les migrations larvaires tracent des cordons serpigineux qui progressent de quelques millimètres ou centimètres par jour, selon un trajet capricieux : c’est le larva currens. Ils se couvrent secondairement de vésicules. Ils restent reconnaissables même en cas de lésions de grattage ou de surinfection. La guérison spontanée demande plusieurs semaines ou mois. Une cicatrice dépigmentée peut persister plus longtemps.

2-phase de migration pulmonaire :

Après passage lymphatique, les larves rejoignent les poumons où elles sont responsables d’une symptomatologie pulmonaire :

-toux
-expectoration
-hémoptysie
-dyspnée asthmatiforme

Elles peuvent être à l’origine d’un syndrome de Löffler clinique et radiologique. Cette symptomatologie pulmonaire varie selon l’importance de l’infestation, le plus souvent elle passe inaperçue.
 

Syndrome de Löffler

Sa définition est clinique mais il s’accompagne de perturbations radiologiques et biologiques

Cliniquement : Irritation locale avec toux, expectoration, fièvre et parfois dyspnée.

Radiologiquement : infiltrat pulmonaire labile
Biologiquement : hyperéosinophilie

 

3-Phase d’état digestive :

Les larves gagnent le tube digestif où elles se transforment en adultes et s’enfouissent dans la muqueuse de l’intestin grêle. Leur présence entraîne une symptomatologie digestive : duodénite, diarrhée. A chaque nouvelle arrivée d’adultes dans la muqueuse duodénale, une nouvelle poussée de duodénite peut survenir.

 

LES CONSEQUENCES DE LA LOCALISATION DES ADULTES

Ils font quelques millimètres de long, et sont enfouis dans la muqueuse duodénale. En cas d’infestation massive, la muqueuse devient atrophique et un syndrome de malabsorption survient.

 

LES PARTICULARITES DES LARVES, PEU NOMBREUSES DANS LES SELLES, NECESSITENT UN EXAMEN SPECIFIQUE POUR ETRE DETECTEES

Les larves sont attirées par l’eau tiède. Cette propriété est utilisée pour les mettre en évidence par le test de Baerman (examen spécifique des selles)

 

DIAGNOSTIC

Le diagnostic doit être évoqué devant :

1-une hyperéosinophilie isolée :

Elle est quasi constante, fluctue d’un examen à l’autre, mais reste relativement élevée, aux alentours de 1000 éosinophiles/mm3

2-une symptomatologie digestive :

-douleurs abdominales à type de duodénite

-troubles du transit avec diarrhée

-syndrome de malabsorption (en cas d’infestation massive)

 

3-des manifestations prurigineuses :

a)-Cutanées :

Le malade consulte pour une dermatite prurigineuse. L’examen local au niveau des flancs ou des fesses retrouve un cordon érythémateux induré de plusieurs centimètres de long sur quelques millimètres de large, d’aspect plutôt rectiligne : Le « Larva currens ». L’interrogatoire précise sa vitesse de progression qui atteint et confirme le diagnostic.

b)-Anales :

Témoignent du passage trans-cutané des larves au niveau de la région anale, synonyme de réinfection.

 

TRAITEMENT

1-Le Tiabendazole (Mintézol) :

25 mg/jour pendant 2 jours ou 50 mg/jour en 1 seule fois.

Sa tolérance médiocre nécessite de recommander sa prise le soir lors d’un repas excluant alcool et excitants. Vertiges et nausées sont quasi obligatoires et chez les sujets particulièrement réceptifs, il est recommandé de fractionner la prise sur 2 jours.

2-Albendazole (Zentel) :

2 comprimés/jour pendant 3 jours.

3-Ivermectine  (Mectizan, Stromectol) :

200 microgrammes/kg per os en 1 prise ou 200 microgrammes/kg/jour per os pendant 2 jours.

Bien toléré, son efficacité est au moins équivalente au Tiabendazole.

Quel que soit le traitement prescrit, une 2e cure, 1 mois après la 1ere cure est recommandé.

 

PREVENTION

1-Prophylaxie individuelle :

Le port de chaussures en zone d’endémie est particulièrement recommandé si le sol est humide.

2-Collective :

-La lutte contre le péril fécal qui nécessite éducation sanitaire et développement des équipements sanitaires.

-Le traitement des malades qui sont autant de disséminateurs du parasite dans l’environnement.