AMOEBIASE (EX AMIBIASE)

 

 

                                      INTRODUCTION

Entamoeba histolytica est la seule amibe pathogène pour l’homme.

Primitivement intestinale, la principale complication est l’amibiase hépatique caractérisée par une hépatomégalie douloureuse fébrile.

Le traitement de l’amoebiase intestinale comprend toujours :

-un amoebicide tissulaire (5 nitro-imidazolés) puis un amoebicide de contact.

 

COMPRENDRE

L’amoebiase est due à un protozoaire Entamoeba histolytica, seule amibe intestinale pathogène de l’homme. C’est une maladie liée au péril fécal, strictement humaine qui touche 5 à 10 % de la population mondiale.

Entamoeba histolytica, se présente sous 3 formes :

1-Les kystes

Ils sont résistants dans le milieu extérieur et permettent la dissémination du parasite. Leur ingestion par l’intermédiaire d’eau souillée est le mode de contamination le plus fréquent.

2-La forme végétative non pathogène

Entamoeba hystolica minuta, vit en saprophyte au niveau du tube digestif. Elle peut être éliminée sous cette forme dans les selles, s’enkyster ou se transformer en forme invasive, hématophage.

3-La forme végétative invasive

Entamoeba histolytica hystolytica, est hématophage et histolytique.

 

EPIDEMIOLOGIE

AMOEBIASE-INFESTATION

C’est la forme asymptomatique correspondant au cycle non pathogène de l’amibe.

Cette parasitose latente se contracte par ingestion de kyste d’E. histolytica répandus par les déjections d’un porteur sain. La transmission interhumaine est parfois directe dans les collectivités à l’hygiène rudimentaire. Elle est le plus souvent indirecte par consommation d’eau souillée, de légumes mal cuits, de fruits ou de salade mal lavés, sur lesquels sont déposés des kystes vivants.

Les facteurs épidémiologiques favorisant sont nombreux : absence d’hygiène fécale, a fortiori utilisation agricole de l’engrais humain, qui entraînent une large dissémination des kystes. Mais aussi absence d’hygiène individuelle (mains sales) qui favorise la contamination, abondance des mouches qui peuvent transporter passivement les kystes des selles sur les aliments. Le climat chaud et humide qui prolonge la survie des kystes dans le milieu extérieur.

AMOEBIASE-MALADIE

Elle correspond à l’apparition des formes hématophages dans l’organisme.

Le pourcentage des amibiases patentes par rapport au nombre total des sujets porteurs d’amibes varie selon les régions : il est beaucoup plus élevé en zone tropicale que dans les pays tempérés. Un changement de climat, de régime alimentaire, une antibiothérapie, peut être par le biais d’une diminution des Ig A sécrétoires, sont des facteurs déclenchants.

 

REPARTITION GEOGRAPHIQUE

L’amoebiase-infestation est cosmopolite, plus fréquente cependant en zone tropicale et intertropicale qu’en région tempérée.

L’amoebiase-maladie sévit presque uniquement dans les pays chauds, et en particulier dans la zone comprise entre les isothermes 25° C de janvier et 25° C de juillet.

 

SYMPTOMATOLOGIE

AMOEBIASE INTESTINALE

L’amoebiase intestinale aiguë et l’amoebiase intestinale chronique différent entièrement par leur nature, leur pronostic et leur traitement.

L’amoebiase intestinale aiguë est liée à la présence dans la paroi colique des formes histolytica qui creusent de petits abcès ouverts dans la lumière intestinale, les abcès en bouton de chemise.

L’amoebiase intestinale chronique qu’il faut appeler colite chronique post-amibienne est une colopathie séquellaire due aux cicatrices de l’amibiase intestinale aiguë

AMOEBIASE INTESTINALE AIGUE

Forme dysentérique typique

Début : Il est habituellement assez brusque, parfois annoncé par une diarrhée d’apparence banale et des douleurs abdominales. On retrouve souvent un facteur déclenchant : surmenage, modification du régime alimentaire, ingestion d’eaux magnésiennes, changement de climat, déséquilibre de la flore intestinale.

Syndrome dysentérique : Il associe des douleurs abdominales, du ténesme et des selles anormales.

Les douleurs abdominales sont variables en siège comme en intensité. Elles sont parfois modérées, à type de pesanteur ou d’endormissement, elles sont souvent vives à type de crises coliques. Les épreintes réalisent une colique violente, débutant dans la région caecale, parcourant le cadre colique et se terminant par une envie impérieuse d’aller à la selle.

Le ténesme est une contracture douloureuse du sphincter anal, il s’accompagne souvent de faux besoins. Les selles sont nombreuses, moins cependant que dans d’autres colites aiguës : 50 à 15 selles par jour. Typiquement, elles sont afécales , faites de glaires mucopurulentes et de sang

Etat général : Il est longtemps conservé. S’ils existent, l’asthénie, l’amaigrissement et la déshydratation sont modérés. Il n’y a pas de fièvre, sauf parfois chez l’enfant. Toute élévation thermique doit faire craindre une atteinte hépatique.

Examens biologiques : L’examen coprologique révèle la présence d’amibes hématophages (Entamoeba histolyca histolyca) dans les glaires examinées.

Evolution : Correctement traitée, l’amoebiase intestinale aiguë guérit rapidement et définitivement sans séquelles. Les signes cliniques s’amendent en quelques jours. Un traitement d’entretien de 10 jours évite les rechutes.

Non ou mal traitée, l’amoebiase intestinale aiguë évolue presque toujours défavorablement. Des complications peuvent survenir localement (hémorragies intestinales abondantes, perforations) et à distance (amibiase hépatique). Surtout, la répétition des poussées aiguës aboutit à la constitution de séquelles colitiques chroniques.

Formes subaiguës ou atténuées

Les formes subaiguës se présentent comme une diarrhée banale avec douleurs coliques modérées.. Épreintes et ténesme sont rares. Les selles sont liquides, souvent glaireuses, mais habituellement non sanglantes, parfois même, elles sont seulement pâteuses ou la constipation alterne avec la diarrhée. Rien ne permet a priori d’évoquer l’amibiase, qu’affirme cependant la découverte d’amibes hématophages dans les selles.

COLITE CHRONIQUE POST-AMIBIENNE

On groupe sous ce terme l’ensemble des manifestations séquellaires observées au décours d’une ou plusieurs poussées d’amoebiase aiguë Les troubles sont dus aux séquelles scléro-inflammatoires et neurovégétatives de l’amibiase intestinale aiguë

Manifestations cliniques :  Ce sont celles d’une banale colite chronique. Les douleurs abdominales sont permanentes ou paroxystiques, diffuses, en cadre ou localisées, simulant une douleur d’origine vésiculaire, ulcéreuse ou même appendiculaire.

Les troubles du transit consistent habituellement en une diarrhée au long cours, avec selles impérieuses, souvent émises le matin ou après un repas. Il s’agit plus rarement de constipation ou d’alternance de diarrhée et de constipation. Les ballonnements, l’intolérance à certains aliments tels le lait, le pain, les féculents, sont souvent signalés par ces malades au " colon irritable ".

Evolution : Elle est désespérante par sa durée et le peu d’efficacité des traitements proposés.

AMOEBIASE HEPATIQUE

L’amibiase hépatique est la plus fréquente des localisations extra-intestinales. Elle résulte de l’essaimage au foie d’amibes sous forme histolytica.

Parties des lésions coliques, ces amibes hématophages gagnent le foie par voie sanguine et s’embolisent dans les veinules portes, créant un infarcissement de la zone correspondant. Elles franchissent la paroi vasculaire et déterminent de petits foyers d’hépatonécrose disséminés qui peuvent aboutir à la formation d’un ou plusieurs abcès collectés volumineux.

Forme aiguë typique

Circonstances de survenue : L’amoebiase hépatique peut compliquer une amibiase intestinale aiguë en évolution ou ancienne, négligée ou parfois même oubliée. Dans plus de 60 % des cas, elle semble primitive. Elle plus fréquente chez l’homme que chez la femme.

Manifestations cliniques : La douleur est au premier plan : douleur de l’hypocondre droit, d’intensité variable, coupant l’inspiration profonde

La fièvre, habituellement élevée, s’installe progressivement, elle s’accompagne de l’altération de l’état général. L’hépatomégalie est constante mais d’importance variable.

Les examens complémentaires On confirme le diagnostic par :

-une échographie abdominale. Au stade initial, elle met en évidence qu’une hépatite diffuse (pré-suppurative). L’abcès collecté peut ne pas apparaître si le traitement est précoce.

-la sérologie. Elle est positive dans 80 % des cas dans les premiers jours, 100 % des cas après 10 jours.

-une NFS qui retrouve une hyperleucocytose et un syndrome inflammatoire.

-une radiographie du thorax où l’on note un épanchement pleural droit réactionnel dans 30 % des cas.

AMOEBIASE PLEURO-PULMONAIRE

Elle est presque toujours secondaire à une atteinte hépatique, dont l’expression clinique est plus ou moins dominante ; dans ce cas, les amibes parviennent au poumon par continuité à travers le diaphragme et l’atteinte pleuro-pulmonaire siège toujours à droite

Symptomatologie

Formes non suppurées : Il s’agit souvent de pleurésies séro-fibrineuses ou séro-hématiques siégeant dans la grande cavité ou une scissure interlobaire. Ailleurs elles réalisent le tableau d’une pneumopathie aiguë ou sub-aiguë de la base droite.

Formes suppurées  : Les pleurésies purulentes sont rares. L’abcès amibien du poumon est plus fréquent.

 

TRAITEMENT

L’évolution spontanée de l’amibiase intestinale est le plus souvent favorable mais expose au risque de récidives ou de complications.

1-TRAITEMENT D’UNE AMOEBIASE INFESTATION : UN TRAITEMENT DIT DE CONTACT EST SUFFISANT

Par exemple :

-Intetrix (Tilbroquinol) : 4 gélules pendant 10 jours

-Humagel (Paromomycine) sachet de 250 mg : chez l’enfant 50 mg/kg/j en 4 prises pendant 8 jours.

2-LE TRAITEMENT D’UNE AMOEBIASE INTESTINALE NECESSITE UN AMOBICIDE TISSULAIRE PUIS UN AMOEBICIDE DE CONTACT

A-Pour les formes peu graves :

Les dérivés 5-nitro-imidazolés à longue demi-vie permettent un traitement per os de courte durée. Par exemple :

-Secnol (Secnidazole) : 1 sachet dose de 2 g en une prise, 2 heures après un repas, pendant 5 jours.

-Une cure " minute " peut être proposée, elle est utile en zone tropicale : Secnol (Secnidazole) 2g : 1 sachet dose  en prise unique.

B-Pour les formes sévères ou en cas d’intolérance digestive, la voie intraveineuse s’impose :

-Flagyl (Metronidazole) : 30 à 40 mg/kg/j par voie intraveineuse pendant 7 à 10 jours.

-Les effets secondaires attendus sont les vertiges, les nausées et l’effet antabuse (potentialisation de l’effet de l’alcool)

C-Dans tous les cas on complète le traitement par un traitement de contact : Humagel ou Intetrix.

3-DANS LE TRAITEMENT D’UNE AMOEBIASE HEPATIQUE  LE GESTE CHIRURGICAL PEUT ETRE LE PLUS SOUVENT EVITE

-Au stade d’hépatite non collectée, le traitement est identique à celui d’une amibiase intestinale.

-Au stade d’abcès collecté, le drainage chirurgical ne sera proposé qu’après échec d’un traitement médical prolongé (1 mois)

 

PREVENTION

1-LES COMPLICATIONS IMMEDIATES DE L’AMOEBIASE INTESTINALE DOIVENT ETRE DEPISTEES PAR UNE SURVEILLANCE CLINICO-BIOLOGIQUE

-Surveiller les constantes : tension artérielle, pouls, température, examen abdominal régulier afin de détecter une éventuelle hémorragie ou une perforation colique.

-Dépister une atteinte viscérale en cas d’apparition d’une fièvre, par une échographie abdominale, une radiographie de thorax et une sérologie amibienne.

2-LA TRANSMISSION PEUT ETRE CONTROLEE

-A l’échelle de la population, par le traitement des patients porteurs de kystes ou de formes minuta par un amoebicide de contact, la mise en place de latrines, du tout-à-l’égout, l’épuration de l’eau, la protection des aliments contre les mouches qui peuvent véhiculer les kystes et l’arrêt de l’utilisation d’engrais humain.

-Individuellement, les règles d’hygiène simple : lavage des mains, épluchage des fruits et des légumes consommés crus, sont efficaces.

Concernant l’eau, le filtrage et l’ébullition sont préférables, car les doses de chlore habituellement utilisées pour la purification sont insuffisantes.